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TRACES 2

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TRACES…

Récit d’un Premier Voyage en Indonésie… Il y a 25 Ans!

 

Lundi 15 juin 1992

 

La nuit fut fraîche, car nous avions mal réglé le système d’air conditionné. Le décalage horaire perturba notre sommeil également, de toute façon. Au petit matin, thé, pain grillé et œufs sur le plat composent notre petit déjeuner avant d’embarquer dans un bajaj (une sorte de mototaxi carrossée à trois roues – prononcez « ba-jaille ») en direction du marché aux antiquités où Jacques marchandera ferme pour s’offrir ses deux premières haches papoues.

 

Plus tard, un taxi nous emmène au parc « Mini Indonesia » (Taman Mini pour les autochtones). Situé dans le sud de la capitale, sur la route de Bogor, ce parc d’attraction s’étend sur près de 120 hectares. 27 pavillons représentent les vingt-sept provinces indonésiennes par le prisme architectural et sont rassemblés autour d’un lac, sur lequel « flotte » une carte en trois dimensions de l’archipel indonésien. Une trentaine d’attractions ont également pour objet de divertir les visiteurs, dont une volière, un superbe jardin d’orchidées, une réplique miniature du temple de Borobudur, une piscine, ainsi qu’un magnifique musée, construit tel un palais balinais, où des textiles traditionnels, des marionnettes, des bijoux, voire des costumes de noces sont exposés.

 

Beaucoup d’enfants, en groupes ou en famille, nous entourent lors de cette visite, et quelques jeunes filles n’hésitent pas à engager la conversation, dans un timide Anglais, afin notamment que nous leur signions leurs agendas ou carnets. Attiré par le troublant sourire de l’une d’entre-elles, je la remercie alors par une bise « osée » sur la joue!

 

Avant de quitter le parc, Jacques et moi assistons à un exercice de quasi défilé militaire par des collégiens, dirigés par leur professeur de gymnastique, puis nous reprenons la route de Jakarta, et plus précisément le quartier de Glodok, le quartier chinois situé dans le nord de la capitale, et au sud du vieux Batavia. Après les massacres de 1740, les colons hollandais interdirent en effet aux Chinois l’accès à la ville fortifiée, mais leur accordèrent une parcelle de terre au sud-ouest.

 

A Glodok, Jacques a l’intention de tenter de vendre une corne de rhinocéros, qu’il avait jadis achetée dans un marché aux puces de Bruxelles, et qui semble être très prisée des Chinois pour ses vertus aphrodisiaques. Dans « China Town », un monde fou se bouscule dans un dédale de petites boutiques et respire l’odeur fétide des immondices entassées sur les trottoirs. Au milieu de ce labyrinthe, nous apercevons une lépreuse: première image choc d’une ville infecte, déconcertante, où les bâtiments les plus modernes côtoient les taudis les plus pourris, et où les sourires semblent représenter non seulement le dernier trait d’humanité, mais également le symbole d’une culture somme toute évoluée, libérée de toute contrainte matérielle!

 

A Jakarta

 

Mardi 16 juin 1992

 

Après une nouvelle nuit perturbée par ce fameux « jetlag », Jacques et moi nous dirigeons de bonne heure vers le Musée National. Inauguré par la Société des Arts et des Sciences de Batavia (la première société savante de l’Asie coloniale, fondée en 1778), il abrite de précieuses collections qui évoquent l’histoire de l’archipel et la diversité de ses cultures. La plus belle d’entre elles est probablement celle qui est exposée dans la chambre du Trésor, qui abrite objets en or et argent, des kris (poignards à lame ondulée), des bijoux, des armes, ainsi que de nombreux autres reliques précieuses.

Le temps de repasser à Glodok pour récupérer l’argent de la vente de la corne de rhinocéros, finalement cédée à un pharmacien pour une petite fortune (un sac de sport entier rempli de petites coupures!), nous rentrons à l’hôtel vers 14h. Mois d’une demi-heure après, nous sommes de nouveau en route, pour Bogor, cette fois-ci, une cité de villégiature, où les riches de Jakarta viennent régulièrement passer leurs weekends.

 

Située à une cinquantaine de kilomètres au sud et à environ 300 mètres d’altitude, sur les contreforts du volcan Salak, Bogor est évidemment différente: plus petite, plus fraîche (et plus humide), moins polluée, et plus authentique (car moins occidentalisée). L’insolence de la richesse face à la pauvreté est toutefois plus marquante, même si Jacques et moi nous rassasions toujours autant de grands bols de sourires. Ceux-ci provoquent toutefois en nous un certain malaise, parfois, probablement parce que nous n’en avons pas l’habitude en Europe…

 

Le fleuve Cisadane traverse la ville de part en part. Du haut d’un pont, nous apercevons sur une berge une femme qui fait sa lessive. En aval, un vieillard utilise la rivière comme des toilettes, tandis que des enfants se baignent nus à quelques mètres. Typique tableau de l’Indonésie des années Suharto.

 

Le soir, à l’hôtel, je me distrais en regardant les quelques programmes télévisés qui renforcent cette sensation de malaise: la télévision, symbole absolu du mode de vie occidental, soumet le spectateur à cette influence, et accroît du même coup le déséquilibre entre villes et campagnes, entre riches et pauvres, car le rêve n’est évidemment accessible qu’aux citadins les moins démunis.

Musée National de Jakarta

Musée National de Jakarta

 

A suivre…




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