Rencontre avec Omri Ben-Canaan, Fondateur du Site Bedforest.com

Omri Ben Canaan Photo

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Chroniques d’Indonésie (CI): Je vous remercie de vous présenter et de décrire votre parcours professionnel.

 

Omri Ben-Canaan (OBC): J’ai 41 ans, et je suis Français, originaire de Paris. Mon premier séjour à Bali remonte au début des années ’90s, puis j’ai vécu deux ans entre l’Australie, le Japon et l’île des Dieux. Mon père était en effet un entrepreneur de meubles, basé à Bali. Je suis ensuite rentré en France, où j’ai travaillé dans le cinéma et la publicité. Je dirigeais une agence de casting et j’avais également monté une start-up.

 

Il y a environ 5 ou 6 ans, le soleil et les voyages commençaient à me manquer tellement que je décidai de revenir à Bali, d’abord par tranches de deux semaines, car il était difficile d’y exporter mon agence de casting. Et puis, j’ai eu l’idée de créer Bedforest.com, un site de location d’hôtels et de villas, à la fois pour les voyageurs étrangers et les Indonésiens (raison pour laquelle le site est en trois langues: Anglais, Français et Indonésien). Les débuts furent difficiles, car la société informatique qui nous a aidé à créer le site n’était pas à la hauteur. Du coup, je décidai de tout reprendre à zéro, au bout de deux ans, et je n’ai donc relancé le site qu’il y a un peu plus de 6 mois. Entre-temps, j’ai monté une société immobilière avec deux associés, 01Islands à Sumba. Le but est d’acheter des terrains, notamment des plages, afin de les revendre. C’est cette société qui me fait vivre et qui me permet donc de développer bedforest.com.

 

CI: Quel est le véritable concept de Bedforest? Qu’est-ce qui le différencie d’autres plateformes telles AirBnB ou Booking.com?

 

OBC: Tout le monde nous compare évidemment avec AirBnB, car notre site est similaire, mais nous tentons d’attaquer ce business sous un angle différent. D’une certaine manière, Bedforest est une sorte de mélange entre AirBnB et Booking.com, mais avec la touche humanitaire en plus. Et c’est ce à quoi je tiens beaucoup. Quand un voyageur réserve par le biais de notre site, il choisit également une association caritative (parmi une liste proposée) à laquelle sera reversé 1% du montant total de la transaction.

 

Cette idée m’est venue après de nombreux voyages en Afrique et en Asie, pendant lesquels de nombreux voyageurs rencontrés se demandaient comment ils pouvaient venir en aide à la population locale. Bref, l’idée est de permettre à ceux qui le souhaitent de passer de bonnes vacances dans un pays en voie de développement, tout en contribuant au bien-être de la population locale ou à la protection de la nature. Ce d’une manière « indolore », car je pense que les gens ont toujours du mal à sortir leur chéquier. Avec nous, tout est inclus dans le tarif, qui reste d’ailleurs compétitif, car ce sont les propriétaires des hôtels et/ou villas qui nous commissionnent. Le client paie donc le prix affiché.

 

Vous l’avez compris, Bedforest permet à nos clients de réserver chambres d’hôtel et/ou villas dans un contexte dit de « tourisme responsable ». Le site a été mis en ligne en juillet 2015, et nous sommes conscients qu’il va falloir travailler dur pour arriver à un équilibre financier. Notre équipe est composée d’une quinzaine de collaborateurs, en majorité indonésiens. Ceci est très important. Nos bureaux étant basés à Bali, nous proposons un suivi complet, depuis la réservation jusqu’au séjour en lui-même et à son retour dans son pays d’origine.

 

CI: Pourquoi le nom « Bedforest »?

 

OBC: l’astuce est dans le jeu de mots: « bed for rest ». Au début, j’avais dénommé le site 01Rental – assez moche, je dois le reconnaître, puis, après être passé par trois ou quatre autres noms, je suis tombé sur Bedforest, qui sonnait bien et qui correspondait à ce que je cherchai. J’aimais l’idée du lit et du côté « écolo » de « Forest ». Après une petite enquête dans mon entourage, « Bedforest » fut adopté d’autant plus rapidement que je me suis rendu-compte que les gens le retiennent facilement.

 

CI: Un premier bilan?

 

OBC: Aujourd’hui, le site fonctionne, car nous recevons des réservations. Derrière nous sont les 18 mois de développement et les deux ans de galère avec la société informatique dont j’ai parlé tout à l’heure. C’est la raison pour laquelle j’ai enfin décidé d’engager des développeurs et de tout recommencer. Cela a pris du temps et de l’argent, mais ma société immobilière a permis de financer tout cela.

 

CI: Quel avenir pour votre société?

 

OBC: Notre objectif n’est pas forcément de devenir les meilleurs à Bali, car le marché est déjà saturé, mais nous souhaitons accéder à un marché plus confidentiel – au gros potentiel, c’est-à-dire celui de toutes les autres îles de l’archipel (en dehors de Bali). J’ai en effet remarqué, lors de mes voyages, qu’Internet est tout nouveau dans de nombreuses régions et que beaucoup d’hôtels en sont toujours à recevoir leurs réservations par téléphone ou sms. Nous souhaitons mettre notre plateforme à disposition de ces entités, afin qu’elles aient accès à un marché plus important. Et là, notre ambition est effectivement de devenir numéro 1 sur ces marchés secondaires.

 

Afin de promouvoir l’archipel dans son entièreté, nous avons mis en place des pages d’information touristique sur notre site. Nous allons également intégrer un forum, ainsi que d’autres modules, progressivement. Pour l’instant, notre catalogue se concentre sur Bali, Sumatra, Sulawesi, Sumba, et même les Raja Ampat.

 

Notre stratégie à propos des marchés secondaires est également dictée par les moteurs de recherches, car il est de plus en plus difficile d’arriver en tête de Google avec le mot-clé « Bali ». Nous travaillons donc sur d’autres mots-clés, plus « faciles » à référencer. Pour vous donner une idée, Booking & Agoda font partie d’un même groupe qui dépense 200 millions de dollars chaque année pour être en tête des moteurs de recherche. AirBnB dépense, quant à lui, 60 millions de dollars. C’est un peu David contre Goliath face à ces géants de l’Internet, nous cherchons donc à nous positionner sur des marchés différents.

 

CI: Autre sujet à présent: est-il facile d’entreprendre en Indonésie?

 

OBC: Les rouages administratifs prennent beaucoup de temps en Indonésie. Les lois changent également très rapidement, pas toujours dans le bon sens. Mais, une fois que ces obstacles sont surmontés, il n’y a plus qu’à payer ses impôts… Plus sérieusement, il n’y a que le démarrage qui est long et parfois complexe, et il faut donc être patient. En France ou à Singapour, par exemple, le montage d’une société est plus rapide. Ce n’est donc pas demain que l’Indonésie déroulera le tapis rouge aux investisseurs étrangers. Je pense en effet que le système indonésien est resté très archaïque, et n’est donc pas adapté au monde économique d’aujourd’hui. Tout le monde sait que c’est juste un problème de lourdeur administrative, et nous espérons donc que le gouvernement actuel du Président Jokowi tiendra ses promesses d’une économie plus ouverte et plus efficace.

 

CI: Quels sont les avantages d’entreprendre en Indonésie?

 

OBC: hormis les quelques points noirs que je viens d’évoquer, il est évident qu’il est très agréable de travailler à Bali. La qualité de vie est incroyable et la location de bureaux relativement bon marché. L’Internet haut-débit est par contre très cher, mais relativement fiable.

 

Rien à voir avec Bedforest, mais je suis à la tête d’une petite communauté locale et étrangère de « geeks », qui s’appelle « BaliStartupers ». Notre page Facebook est très active et nous organisons des rencontres régulièrement. Je veux dire par là que Bali a un avenir prometteur dans le domaine de l’Internet. J’ai presque envie de surnommer l’île des Dieux la Silicon Bali! Il y a en effet un véritable engouement de la part de nombreux techniciens étrangers pour s’installer à Bali et un marché de l’Internet est en train de se créer. Nous n’en sommes qu’au début, mais j’entends bien profiter de cette nouvelle pépinière de talents.

 

CI: Est-ce facile de trouver des développeurs compétents en Indonésie?

 

OBC: Je ne vous surprendrai pas en affirmant que c’est évidemment difficile. Certains étrangers le sont, mais ils coûtent chers, et les problèmes administratifs liés à l’obtention des titres de séjour et des permis de travail restent des freins. La solution que j’ai trouvée est d’avoir engagé un développeur expérimenté, originaire de Jakarta, afin qu’il forme des Balinais débutants. Pour le long terme, je pense en effet que c’est la meilleure alternative économique.

 

J’aimerais en fait que le marché se développe rapidement, afin que je puisse trouver des « talents » informatiques plus facilement, et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai créé la communauté « BaliStartupers ». J’avoue d’ailleurs que j’ai longtemps pensé à m’établir à Jakarta ou Singapour. Bedforest est en tout cas composée pour l’instant de deux équipes: un pool de développeurs, et un pool marketing.

 

Le bureau de Bedforest

 

CI: Est-il agréable de travailler à Bali?

 

OBC: J’ai tendance à beaucoup travailler, car j’aime ce que je fais. Je ne compte donc pas mes heures et cela reste agréable, car le personnel est assez bon marché: je peux donc déléguer plus facilement toutes les tâches rébarbatives. Cela me permet aussi de me concentrer sur ce qu’il y a de plus important et donc d’avancer plus vite et plus efficacement.

 

Idem pour ma vie privée: le fait de pouvoir engager femme de ménage et/ou jardinier me permet de mieux apprécier ma vie de famille. La possibilité d’optimiser son temps en délégant de nombreuses tâches à d’autres rend donc la vie très agréable à Bali. Ce qui ne fût par exemple pas le cas lors de mes séjours en Australie, au Japon ou en France.

 

Il y a en outre de nombreuses possibilités d’activités à Bali. La circulation, qui est de plus en plus difficile, ne facilite certes pas les choses, mais il ne suffit pas d’aller loin, à Bali, pour s’occuper. J’aime en réalité prendre mon scooter et me balader dans les petits villages, à travers les rizières, hors des sentiers battus.

 

CI: Quels conseils prodigueriez-vous à des futurs candidats à l’expatriation à Bali ou en Indonésie ?

 

OBC: Il faut d’abord distinguer deux catégories d’expatriées: ceux qui cherchent à créer une société et ceux qui cherchent du travail. Je pense qu’il est très difficile de trouver un job, ici, qui offre de bonnes conditions, notamment salariales. Je déconseille donc aux jeunes de débarquer à Bali et de chercher du boulot avec un cv. J’ai par exemple voulu engager un expatrié récemment. Je ne lui ai pas proposé un salaire mirobolant, car il n’y a pas de véritables raisons qu’il gagne plus qu’un Indonésien. Son salaire était toutefois plus élevé que celui d’un autochtone, car je comprends l’éloignement familial, mais cela s’arrête là. Il m’est d’ailleurs arrivé de rémunérer des Indonésiens plus cher que des étrangers l’auraient été. Sans compter que l’obtention du permis de travail et d’un visa de séjour, pour un expatrié, est long, complexe et onéreux.

 

Par contre je conseille aux entrepreneurs de venir s’installer à Bali, car le marché est encore relativement jeune et offre des perspectives intéressantes. Tout reste à faire, d’une certaine manière. Le secteur du tourisme, par exemple, est en expansion rapide: Bali accueille 15% de touristes supplémentaires chaque année! J’ai une idée par jour, mais ce qui me manque c’est le temps, malheureusement…

 

CI: Faut-il investir beaucoup d’argent à Bali?

 

OBC: Tout dépend du type d’entreprise que l’on veut créer, mais je dirais qu’il faut un minimum de 30.000 dollars américains mais c’est selon le secteur. Pour une activité dans le digital, il faut certes un peu moins, mais le gros du business, à Bali, reste les domaines de la restauration, de l’immobilier et de l’import/export, qui nécessitent un investissement relativement important.

 

CI: Pour terminer, dites-moi pourquoi les Français adorent Bali?

 

OBC: ma théorie personnelle, qui vaut ce qu’elle vaut, est que, à une certaine période, un nombre relativement important de Français s’est installé à Bali, et cette communauté a par la suite attiré ses amis, qui sont également tombés amoureux de l’île. Bref, je pense effectivement que l’effet « boule de neige » a son importance dans ce phénomène. Un bon exemple est celui de l’île de Flores, où un Italien a un jour créé un restaurant, et un autre un club de plongée. À présent on y trouve de nombreux autres Italiens, alors qu’il n’y a, à priori, aucune raison logique pour qu’il y en ai autant…

 

Je pense que le système de communautés « fermées » a provoqué l’afflux d’étrangers à certains endroits. Bali reste certes difficile d’accès aux Européens, car il n’existe, à ma connaissance, pas de vols directs depuis l’Europe, mais cela n’empêche pas les Français de continuer d’affluer, qu’ils soient touristes ou expatriés, d’ailleurs.

 

Un autre exemple: j’espère qu’il y aura bientôt de nombreux Français à Sumba, car j’ai déjà vendu quelques terrains à certains d’entre-eux, qui devraient donc attirer leurs amis, etc. Je ne sais pas si c’est une bonne chose, mais on ne peut lutter contre. L’essentiel est tout de même que ces communautés étrangères restent ouvertes et respectueuses des populations locales.

 




2 commentaires sur “Rencontre avec Omri Ben-Canaan, Fondateur du Site Bedforest.com

  1. blog

    Ich benutze das MassageÖl für Schwangere Frei, welches im Internet hoch gelobt wird, da es nicht nur vor Schwangerschaftsstreifen schützt, sondern auch die haut glättet und stafft und selbst Falten mildert!

    Reply

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