Préparation des nids d'hirondelle (photo © Finchfocus via Shutterstock)

Le nid d’hirondelle, l’or blanc venu d’Orient

Préparation des nids d'hirondelle (photo © Finchfocus via Shutterstock)

Préparation des nids d’hirondelle (photo © Finchfocus via Shutterstock)

 

Escapade à Lampung, au Sud de Sumatra. Derrière la vitre de la voiture défilent des paysages verdoyants, tantôt rizières, tantôt zones arborées. Pourtant, de temps à autre se dresse au milieu de cette nature préservée un imposant bâtiment tout de béton construit. D’autant plus imposant et impressionnant qu’il ne possède du haut de ses 4 ou 5 étages ni porte, ni fenêtre. Les seules ouvertures visibles sur chacun de ses quatre murs sont de minuscules petits trous, juste assez grands pour y laisser entrer un petit oiseau.

Les nids d’hirondelle, denrée qui vaut son pesant d’or

Ces édifices font figure de monstres de béton à côté des petites maisonnettes aux cloisons de bambou tressé, et on imagine sans mal l’investissement énorme qu’a dû représenter leur construction.  Investissement conséquent, certes, mais investissement bien placé. Plus que de simples maisons de villégiature pour oiseaux, ce sont de véritables fermes industrielles. Elles servent à attirer et accueillir du mieux possible leurs très désirables locataires : des hirondelles, ou plus exactement, des martinets. Mais tous les martinets ne sont pas les bienvenus. Les seuls recherchés sont ceux qui construisent entièrement leur nid à partir du mucus qu’ils sécrètent : le mucus mucilagineux.

Nid d'hirondelle photo © Nirapai Boonpheng via Shutterstock

Nid d’hirondelle (photo © Nirapai Boonpheng via Shutterstock)

Le nid ainsi construit, en plus d’être comestible, s’avère être un met rare très prisé de la haute gastronomie chinoise. Les prix de ces nids peuvent ainsi atteindre plus de 1 000 euros le kilo, de quoi justifier son surnom de « caviar d’orient ». Le nid d’hirondelle n’a pourtant pas, d’après les dires, une saveur très prononcée et aurait même un goût plutôt fade. Sa valeur viendrait plutôt de ses nombreuses vertus pour la santé. Le nid est notamment réputé pour favoriser la production de collagène et contribuerait ainsi à ralentir le vieillissement de la peau.

 

Si les fermes à hirondelles sont nombreuses en Indonésie, la jeune République n’est cependant pas le seul producteur et exportateur. La forte demande et le prix des nids ont entraîné ces vingt dernières années une prolifération de ces « maisons à hirondelles » dans toute l’Asie du Sud-Est. Outre l’Indonésie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie ou la Birmanie sont eux aussi de gros fournisseurs. Ils envoient leurs récoltes presque exclusivement en Chine ou à Hong-Kong.

 

 

Impact de la production de nids d’hirondelle

Le commerce de nids d’hirondelle pèse souvent lourd dans la balance économique de ces pays. Certains comme la Malaisie placent même le développement de cette industrie parmi leurs priorités. De quoi faire fermer les yeux des gouvernements sur les problèmes engendrés par les fermes.

 

Certains experts en agriculture craignent que la prolifération des martinets ne fasse disparaître les insectes pollinisateurs des zones agricoles, et pointent le risque d’un impact négatif de ces élevages sur l’écosystème ainsi que les risques sanitaires potentiels.[1]

 

Par ailleurs, de nombreuses fermes se sont installées au cœur même de villes ou de zones péri-urbaines. Elles occupent souvent les étages supérieurs d’un bâtiment dont le rez-de-chaussée est réservé à une activité marchande. Les riverains et les commerces voisins voient souvent d’un mauvais œil ces exploitations qui engendrent des nuisances sonores considérables, et génèrent une quantité astronomique d’excréments, sans parler de la laideur des bâtiments en question.

Ferme à hirondelles à Manado (photo © Gallimaufry via Shutterstock)

Ferme à hirondelles à Manado (photo © Gallimaufry via Shutterstock)

Son de cloche bien différent chez les défenseurs de l’industrie du nid d’hirondelle, pour qui le développement de celle-ci aurait même un impact positif sur d’autres espèces d’oiseaux. Les colonies de martinets se déplaçant vers les zones urbaines, laisseraient ainsi les grottes naturelles à d’autres espèces qui pourraient y vivre sans être dérangées. [2]

 

Quelles que soient les critiques à son égard, l’industrie du nid d’hirondelle, très peu régulée, semble avoir encore de beaux jours devant elle. Pour les exploitants des fermes, donc, peu de nuages à l’horizon et l’ennemi le plus à craindre reste encore la concurrence des autres fermes.

 

 

Article rédigé par Lisa C. 

 

 

 

[1] https://www.courrierinternational.com/article/2010/10/29/le-juteux-commerce-du-nid-d-hirondelle

[2] http://www.bbc.com/news/world-asai-pacific-11274825




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