LGBT en Indonésie ou la Difficile Condition des Laissés-Pour-Compte de la Démocratie Nouvelle

Manifestation Anti-LGBT Photo © Farida T.

Manifestation Anti-LGBT Photo © Farida T.

 

Il y a quelques semaines, un ami proche m’a prévenu qu’une manifestation anti-LGBT (pour « Lesbiens, Gays, Bi-sexuels & Transgenres ») se préparait pour le lendemain, et m’a conseillé de faire attention en cas de sortie. Il fallait éviter les places publiques, ou le magasin Mirota sur l’avenue Malioboro,  et même le restaurant House of Raminten, car son propriétaire est connu pour ses spectacles transgenres.

 

Ce jour-là, malgré les recommandations de mon ami, je me mis à la recherche d’informations sur le net afin de déterminer le lieu exact de la manifestation à venir.

 

Sentiment très étrange, car, naïvement, j’ai toujours pensé qu’on avait l’habitude de « tolérer » ou simplement « laisser tranquille » la communauté LGBT en Indonésie. À Yogyakarta, j’avais à plusieurs reprises assisté à des spectacles de cabaret par des transgenres, tout  comme en Thailande.

 

J’avais également remarqué qu’il y a beaucoup d’hommes qui ne cachent pas leur part de féminité. Ils ne déclarent par contre jamais publiquement leur homosexualité, voire leur transsexualité. C’est évidemment une question sensible, car toujours taboue dans ce pays resté malgré tout très conservateur. À la télévision, il arrive pourtant que des travestis se produisent devant un public généralement hilare.

 

Dikdik Nini Thowok, danseur transgenre et comédien – qui vit à Yogyakarta –  en a d’ailleurs fait sa spécialité. J’ai eu l’honneur de le rencontrer récemment, et je conseille de lire le dernier article en français qui lui est consacré, dans lequel l’artiste raconte son parcours et son point de vue sur l’Indonésie.

 

Bref, tout ce tohu-bohu commence lorsque un ministre annonce, il y a quelques semaines, sa volonté d’interdire toute activité pro-LGBT dans les campus indonésiens. Il va sans dire que cette nouvelle a rapidement fait l’effet d’une bombe, surtout lorsque des voix religieuses et politiques en ont profité pour protester contre la communauté LBGT. La seule école coranique du pays qui accueille des transsexuels à Yogyakarta a par exemple été fermée de force peu après ces protestations.

 

Le KPI, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel indonésien, surveille désormais les opérateurs téléphoniques et les médias et n’hésite pas à les sanctionner s’ils ne respectent les nouvelles réglementations qui leur imposent dorénavant de ne plus diffuser aucune émission ou message liés aux LGBT. Cette même commission a en outre demandé aux services LINE (applications de messagerie instantanée) de supprimer tout emoticon à l’effigie des gays et lesbiennes!

 

C’est donc sur Twitter que j’ai appris que le rassemblement se déroulerait au carrefour du monument Tugu, en centre-ville. Je m’y précipitai donc et réalisai que des centaines de personnes m’avaient devancée, qui manifestants, qui journalistes, qui photographes, voire badauds. Ces manifestants, représentant plusieurs partis politiques ou groupements civils, brandissaient des banderoles assez explicites et provocatrices à l’encontre de la communauté LGBT.

 

Manifestants Anti-LGBT Photo © Farida T.

Manifestants Anti-LGBT Photo © Farida T.

 

Un journaliste et un activiste m’expliquèrent alors que la manifestation n’avait pas encore débuté, car les leaders n’étaient pas encore arrivés sur place.

 

Au même moment, un autre rassemblement, pro-LGBT cette fois-ci, tenta de se mettre en oeuvre, mais il fut vite dispersé par la police, qui souhaitait, expliqua-t-elle plus tard, éviter  toute confrontation…

 

J’en profitai tout de même pour photographier les anti-LGBT, qui posaient fièrement. A mes questions, ils répondirent sans ambages qu’être gay est contre nature, que l’être humain n’est pas un animal et que, de toute façon, l’homosexualité était mauvaise pour l’équilibre des enfants!

 

Manifestants Anti-LGBT Photo © Farida T.

Manifestants Anti-LGBT Photo © Farida T.

 

Plus tard, à l’arrivée de l’un des leaders de la manifestation, debout sur la benne de son pick-up et un haut-parleur en main pour déblatérer son discours de haine, je me souviens que mon sang s’est rapidement glacé: placée aux premières loges, je l’entendais en effet expliquer à la foule que l’homosexualité est une dérive, comparable à de la bestialité! Galvanisée par ce discours, la meute de manifestants s’excita d’avantage, et, craignant que la situation ne dégénère et tout autant écoeurée par ces comportements homophobes, je décidai de quitter les lieux.

 

La manifestation s’est somme toute terminée sans encombres ni violence, et on peut à présent apercevoir, un peu partout dans Yogyakarta, des panneaux et bannières qui dénoncent la communauté LGBT. Et, même si l’homosexualité et la transsexualité ne sont pas illégales en Indonésie, je crains tout de même que l’intolérance gagne du terrain dans un avenir proche.

 

Et vous, que pensez-vous de ces nouveaux comportements d’intolérance en Indonésie? N’hésitez pas à nous faire par de vos propres expériences et/ou commentaires à ce sujet.




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