« Imitation Journey » Ou Les Méditations De Kadhir Supartini, Artiste.

Reproduction Khadir Supartini

Reproduction Khadir Supartini

 

Tous les fils ont besoin de savoir qui est leur père. Chaque enfant veut savoir d’où il vient. Toute personne aspire à se comprendre elle-même au travers de son histoire familiale, et cette aspiration fondamentale se renforce quand une histoire est imprégnée d’absence et de mystère. « Imitation journey » est le résultat de méditations d’un artiste sur ces troubles familiaux et l’effet qu’ils ont eu sur sa personnalité et sa créativité.

 

À travers la peinture, la sculpture et diverses installations, Khadir Supartini s’efforce de rendre compte de ces questionnements sans concession ni prétention. De cette façon, « Imitation Journey » se présente comme le journal intime d’un jeune artiste, chaque peinture étant l’écriture d’une page intérieure, un monologue que le spectateur a le pouvoir d’entendre. Supartini tente de traduire par la création la complexité de son expérience: mettant en scène la vengeance, la haine, l’amour, la nostalgie, l’idolâtrie, la colère, l’espoir, la solitude, le mystère, la frustration, les rêves, il ne laisse rien de côté.

 

« Imitation Journey » reconstruit sur la toile une famille qui n’a jamais existé. Khadir Surpatini entreprend ce pèlerinage solitaire sur les chemins de l’imagination afin d’engager la communication avec un passé inventé. Ses œuvres valsent avec élégance du thème de l’effigie à celui du mirage. Phénomène physique bien connu, le mirage est une illusion d’optique causée par l’alternance de couche d’air chaud et d’air froid qui distord la lumière. L’hallucination qui en résulte, cette oasis en plein désert, est cependant née d’une soif bien réelle. Le mirage manifeste le désir d’un sujet en perpétuelle approche d’un objet perpétuellement fuyant. Il évoque un pays instable, une alchimie où les doses semblent passer de substance palpable à miroitement insaisissable.

 

 

Reproduction Khadir Supartini

Reproduction d’une oeuvre de Khadir Supartini

 

 

Présente chez Supartini, cette dynamique nostalgique s’exprime dans son maniement de l’espace vide et de la distance. Le jeu de perspectives qu’incarne le mirage n’est rendu possible que par cette quête au cœur du vide. Supartini y superpose des couches de couleurs qui semblent se mouvoir et danser devant le regard du spectateur. Ce qui peut sembler très sombre à première vue est en fait rempli de gris délicats, de nuances de bleus, de lavande de blanc: respiration, rythme et beauté.

 

Ses travaux explorent également tout le potentiel de la figure dans cette géographie intérieur, en lui décernant la place d’effigie. Qu’elle soit aimée ou détestée, réduite en cendres ou idolâtrée, l’effigie est créée afin de rendre possible une relation entre l’absente et l’originale – substitution assumée afin de communiquer, un espace pour ressentir ou vénérer ce à quoi l’artiste n’a pas accès.

 

Au travers de manipulations habiles entre mirages et effigie, et faisant fi de la distance et des années, « Imitation Journey » manifeste la ténacité intérieure d’un petit garçon ayant grandi dans l’ombre d’un père inconnu. Supartini affirme avoir conscience du danger qu’il y a de vouloir faire perdurer ce lien imaginaire. Paradoxalement, c’est pourtant au sein de ces vastes espaces sombres, où les mots et les morts prennent forme que l’artiste trouve sa source d’inspiration. Supartini invite le spectateur à entrer dans son monde et à laisser sombrer jusqu’à l’essence de sa propre histoire. C’est ainsi, dans l’abandon inconditionnel et généreux, que les souvenirs refont surface. C’est dans cet espace immatériel que nos propres questions, nos agitations, nos désirs deviennent à leur tour objets d’introspection.

Bien que les travaux de Supartini s’inscrivent dans une quête purement privée, ils ouvrent des voies de communication entre l’artiste et lui-même, l’artiste et le spectateur, et enfin entre le spectateur et ses propres effigies. Ils nous emmènent dans un voyage éthéré, mais néanmoins enrichissant, où l’on goûte de nouveau à nos brillants désirs, nos sombres rêves et nos irréductibles espoirs.

 

Annie Tucker




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