Etre Handicapé en Indonésie

© Association Hati Handicap Indonésie

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Rencontre avec Daphné Barbedette, Présidente de l’Association HATI

Mes premiers séjours en Indonésie, quand j’étais enfant, ont été un sacré choc. C’était en effet la première fois que je découvrais des populations vivant dans des conditions d’extrême pauvreté. Je pestai alors contre le gouvernement qui ne semblait pas leur venir en aide. Le sort des handicapés me vint en même temps à l’esprit, eux qui devaient probablement mendier pour survivre également.

 

J’ai récemment entendu parler d’une association française, Hati, qui vient en aide aux handicapés d’Indonésie, ainsi qu’aux professionnels qui les soignent.

 

Daphné Barbedette, Fondatrice & Présidente de cette association, de répondre alors à mes questions.

 

Pourquoi et comment a été créée l’association Hati?

 

L’association HATI Handicap Indonésie a été créée dans le but de soutenir au niveau thérapeutique (orthophonie, psychomotricité, éducation spécialisée, etc.) les futurs professionnels ou les professionnels indonésiens qui travaillent avec des personnes handicapées.

 

Nous souhaitons:

– Participer à l’amélioration des conditions de vie et de prises en charges des populations handicapées (handicap mental, pluri-handicaps, etc.) et sourdes en Indonésie.

– Contribuer à développer en Indonésie des prises en charges adaptées aux différents types de handicaps en mettant en place des sessions de formations autour des problématiques de la prise en charge des enfants handicapés.

– Valoriser et aider à la réalisation d’initiatives indonésiennes allant dans ce sens. Notamment, HATI soutient des associations locales, qui travaillent en faveur du développement socio-culturel de la communauté sourde et le droit des handicapés de la région de Yogyakarta.

 

En pratique, HATI envoie des paramédicaux français bénévoles à l’Université Negara de Yogyakarta pour échanger sur les pratiques thérapeutiques de prises en charges.

 

HATI signifie « cœur » dans le sens de « sentiment » en indonésien. Nous avons choisi ce nom car nous nous appliquons à donner, échanger avec le cœur. Tous les membres de l’association sont des bénévoles, paramédicaux ou non, et aimant l’Indonésie ou souhaitant connaître ce pays.

 

L’association a été créée en octobre 2006 suite à la rencontre d’une orthophoniste, Hélène Fadlan, et d’une amoureuse de l’Indonésie (moi-même) depuis 1995, et, qui plus est,  ancienne de l’I.N.A.L.C.O (l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, basé à Paris). Nous avions précédemment animé des ateliers avec des étudiants paramédicaux dans des écoles spécialisées, lors de plusieurs voyages à Yogyakarta au début des années 2000.

 

Et surtout, HATI est née à la suite d’un constat que l’enseignement spécialisé et les prises en charge des enfants handicapés dans les écoles n’étaient pas suffisantes. Il existe en effet des disparités énormes entre la campagne et la ville, malgré la soixantaine d’écoles spécialisées destinées à l’accueil d’enfants handicapés, qui sont réparties dans cette région. Peu de moyens sont également mis en place dans les écoles, et, nous sommes surtout étonnés de l’important écart de prise en charge selon les classes sociales. N’oublions pas, enfin, la très forte culture animiste et la nette influence de la religion, qui retardent assurément la gestion des handicaps en Indonésie.

Mais ce sont également de belles rencontres qui ont provoqué la naissance d’HATI, telle celles d’avec Umar, orthophoniste autodidacte aidant les enfants sourds; d’avec Murni, une étudiante en PLB à l’époque, et qui maintenant œuvre pour le droit des handicapés; et la rencontre avec l’association Matahariku qui a concrétisé la création d’HATI, avec  une envie de donner en échangeant.

 

Pourquoi former les professionnels indonésiens?

 

Des universités proposent des diplômes d’enseignement spécialisé dans le handicap (ou dans  le domaine paramédical comme l’orthophonie). Ces cursus durent un peu plus de 3 ans avec des stages. Mais le programme est très généraliste, car ils sont destinés à enseigner de l’académique à des enfants handicapés. Les professionnels déjà en fonction n’ont pas forcément vu, appris ou pratiqué toutes les méthodes. Les formations continues coûtent chers. Nous proposons un moment de rencontre gratuit où les professionnels français et indonésiens peuvent échanger entre eux de cas, de techniques thérapeutiques, et la possibilité de discuter des solutions possibles. Mais surtout nous sommes là pour que le mot « oser » soit un maître-mot: regarder un enfant, individualiser la prise en charge et perpétuellement essayer.

 

© Association Hati Handicap Indonésie

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Les choses bougent depuis 15 ans mais malheureusement nous constatons encore le souhait de la guérison du handicap. Et nous sommes dans le devoir de leur répondre qu’il faut apprendre à faire avec le handicap et faire évoluer un enfant malgré les progrès parfois infimes.

 

Pourquoi intervenez-vous à Yogyakarta ?

 

Hélène Fadlan venait régulièrement à Yogyakarta. Alors des liens forts se sont tissés et nous souhaitons les maintenir car c’est la force de l’échange. Le « coeur » de l’association se résume à se voir grandir les uns les autres, d’aider et d’encourager tout le long de l’année, au fil des ans.

 

Nous souhaitons toutefois commencer à intervenir et développer le réseau d’échange entre professionnels en allant vers Solo, puis traverser les océans vers d’autres villes comme Padang, Balikpapan, etc. Car le réseau d’échange ne doit pas se faire que sur l’île de Java, et pas uniquement dans les villes, mais également et surtout dans d’autres îles, ainsi que dans les campagnes. Le regard sur le handicap change, des programmes de sensibilisation par le gouvernement et des associations locales sont mis en oeuvre, mais cela ne suffit pas.

 

© Association Hati Handicap Indonésie

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Quel était le but de votre mission en 2014 et quels résultats avez vous obtenus?

 

La mission de 2014 s’est déroulée avec Elodie Bottoni, Nina Boitel (2 psychomotriciennes) et Ondine Champavere (1 orthophoniste), sur le thème du handicap mental qui était une demande des étudiants, des professionnels et de l’Université. Car, à chaque mission, un thème spécifique est développé spécialement en fonction des demandes formulées. Le but était de continuer les échanges entre les étudiants et professionnels. Résultat, certains professionnels suivent nos sessions depuis 2008. Les échanges évoluent et se perpétuent. Nous avons tissé des très forts liens, même de loin. Nous avons un forum, mais ils peuvent nous joindre également par email. Il y a un vrai suivi pour ceux qui le désirent. Mais surtout, lors d’une formation, environ 25 personnes sont formées dans le but de former eux-mêmes les professionnels qui sont dans leur établissement, dans leur faculté, dans leur réseau. Et nous avons pu comptabiliser qu’environ 150 personnes sont formées indirectement. Nos échanges sont reliés, et c’est là le plus important.

 

Chaque mission est composée de 35h de cours: cas pratiques et discussions, et, pendant les heures creuses du programme de la mission, nous visitons au moins trois écoles spécialisées, afin de voir les évolutions des prises en charges, des réglementations, des conditions sanitaires et de la motivation des enseignants et des parents – qui est primordiale dans le développement de l’enfant.

 

Nous nous sommes également entretenus avec le SIGAB (institut pour le playdoyer et l’intégration des personnes handicapées) sur leurs actions concernant les droits des handicapés, et avons assisté, sous le haut patronat de l’épouse du Sultan, à une conférence d’associations de familles d’enfants sourds, avec des témoignages de vie d’adolescents et d’adultes sur l’importance de l’appareillage dès le plus jeune âge, afin de faciliter les capacités cognitives.

 

Mais les missions ne pourraient se dérouler sans l’aide matérielle de l’Université, de l’Institut Français de Yogyakarta, d’Azimuth Adventure Travel Ltd et de l’Ambassade d’Indonésie à Paris, qui contribuent à nos actions.

 

Quel est votre projet pour 2016 ?

En Indonésie, notre projet de 2016 reste dans la continuité des autres années. Notre priorité est l’échange de savoir auprès des étudiants et professionnels à l’Université Negera de Yoyakarta. Le thème est en cours de définition. Les partants seront une éducatrice spécialisée, une psychomotricienne et une orthophoniste, encadrées par Kathy Wislez, psychomotricienne et responsable technique de la mission (qui faisait également partie des missions de 2008 et de 2011). Le départ est prévu pour le mois d’août 2016.

 

Nous souhaitons également redévelopper notre lien direct avec les enfants grâce à des ateliers d’animation, et des échanges entre professionnels en direct dans certaines écoles où des demandes auront été formulées. Un binôme de thérapeutes et des scouts travailleront en équipe avec les enseignants spécialisés.

 

Nous souhaitons également commencer à mettre les galons d’un centre de ressources à Yogyakarta.

 

En France, nous organiserons des journées de sensibilisation au handicap dans les écoles, et toujours des événements pour faire connaître nos actions, accueillir de futurs bénévoles et collecter des fonds.

 

Si vous souhaitez en savoir plus, nous rencontrer, ou nous aider à votre manière, n’hésitez pas à consulter nos sites:

www.hati-france.org

https://www.facebook.com/HatiHandicapIndonesie




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