Famille devant un coucher de soleil, photo © by Bullet74 via Shutterstock

Bilinguisme en Indonésie, partie II

Suite de l’article « Bilinguisme en Indonésie, partie I« 

Les parents et l’école ont un grand rôle à jouer

Famille devant un coucher de soleil, photo © by Bullet74 via Shutterstock

Famille devant un coucher de soleil, photo © by Bullet74 via Shutterstock

 

La ville de Yogyakarta en Indonésie comporte une importante communauté francophone. L’absence d’école française se traduit par une grande hétérogénéité des compétences en français chez les enfants issus de familles dont au moins l’un des parents est francophone. Si tous les parents semblent vouloir que leur(s) enfant(s) s’expriment en français, dans bien des cas, l’indonésien devient d’une manière ou d’une autre la langue de communication entre les membres de la famille. Elise C., étudiante en master didactique du français langue étrangère à l’université des Antilles Guyane, s’est intéressée aux facteurs psychologiques susceptibles de rentrer en compte dans le choix de la langue utilisée par les enfants (language choice). Elle a mené des entretiens auprès d’une quinzaine de personnes, parents et enfants, représentatives de la diversité des profils francophones à Yogyakarta afin d’analyser l’impact de ces facteurs psychologiques dans l’utilisation du français au sein de la famille.

 

 

De l’autodiscipline pour les parents…

Il ressort dans plusieurs entretiens la nécessité de parler coûte que coûte français aux enfants, même si ceux-ci ont tendance à répondre en indonésien. Myriam et Dorothy, toutes deux mères d’enfants plurilingues, et actifs en français, insistent sur la nécessité pour les parents d’être « constants » et de s’imposer une discipline. Pour Dorothy, « c’est un très gros travail pour les parents, au final, plus que pour les enfants ».

 

… afin que le français prenne sens chez les enfants

Si l’utilisation du français à la maison par les parents permet aux enfants de se familiariser avec la langue, elle a aussi l’avantage de donner du sens à l’utilisation du français. Myriam cite ainsi l’exemple de parents français qui voudraient que leurs enfants s’expriment en français, mais qui leur parlent en indonésien ou en anglais. Non seulement les enfants n’ont pas assez de temps d’exposition à la langue pour développer une maîtrise satisfaisante du français, mais encore l’apprentissage du français dans ce cas là ne fait pas sens pour l’enfant, il devient une langue étrangère comme une autre. Myriam précise : « C’est comme si je donnais à ma fille des cours d’espagnol, que je parle, mais qui n’est pas ma langue maternelle ». On ne peut alors pas demander à l’enfant d’avoir un intérêt pour cette langue. C’est le cas de Léo[1], 4 ans et demi, dont la mère, Anna[1], est franco-indonésienne et la grand-mère française. La langue de la maison est l’indonésien, mais Anna a à plusieurs reprises emmené Léo à des rencontres mensuelles autour d’activités avec les enfants francophones de Yogyakarta. Léo n’a pas aimé car il sentait que c’était artificiel, comme « fait exprès ».

 

Afin que l’utilisation du français prenne tout son sens, Myriam préconise le visionnage de films, la lecture de livre en français, tout ce qui peut relier la langue à la culture du pays d’origine. Les parents semblent sur ce point s’accorder à penser que le ressourcement linguistique, via un retour en France, ou la rencontre avec des amis ou de la famille venue de France est très important.

 

 

Le rôle de l’école

Écoliers derrière une fenêtre, photo © by Casa Nayafana via Shutterstock

Écoliers derrière une fenêtre, photo © by Casa Nayafana via Shutterstock

Les parents dont les enfants sont scolarisés dans des écoles internationales, où la pluriculturalité est la règle et l’anglais la langue de scolarisation, soulignent la valorisation par l’école du plurilinguisme, de la langue et de la culture d’origine des enfants. Cette valorisation peut être un facteur favorisant l’utilisation de la langue française, comme le démontre le témoignage de Fanny, professeur de français et d’art à Yogyakarta International School (YIS). L’une des élèves, Kirana[2], est arrivée de Suisse francophone en Indonésie à l’âge de dix ans ne parlant ni indonésien ni anglais. Après deux ans à YIS, sa langue dominante est devenue l’anglais et elle a pris l’habitude de répondre en anglais, y compris aux personnes francophones s’adressant à elle en français. Lors d’une discussion, Fanny a encouragé Kirana à répondre en français afin de préserver son plurilinguisme et de ne « pas perdre son français ». Depuis lors, Kirana ne s’adresse à Fanny qu’en français, provoquant même les situations d’échanges, et propose son aide aux apprenants de français langue étrangère. Cet exemple souligne bien l’effet positif de la prise en compte à l’école des connaissances acquises au foyer, comme l’a également remarqué Dagenais dans son analyse de cas.[3]

 

 

La reconnaissance de l’identité plurilingue de l’enfant

Ainsi, pour les parents comme pour l’école, la reconnaissance de l’identité pluriculturelle et plurilingingue de l’apprenant semble être la pierre angulaire d’un bilinguisme (ou plurilinguisme) équilibré et harmonieux. Le modèle de référence ne doit plus être plus « le monolinguisme, auquel se juxtapose un deuxième monolinguisme […], mais le ou plutôt les plurilinguisme(s) […], avec notamment une réelle réhabilitation des pratiques métissées. » [4] Il semble nécessaire de décloisonner les langues en « encourageant des circulations entre langues et usages acquis antérieurement »[5], par exemple en faisant jouer à l’apprenant un rôle de médiateur ou d’expert dans sa langue, comme l’illustre si bien l’exemple de Kirana.

 

Article rédigé par Lisa C. 

 

 

[1] [2] Les prénoms ont été changés

[3] Dagenais Diane, « La prise en compte du plurilinguisme d’enfants issus de familles immigrantes en contexte scolaire: une analyse de cas », In : Revue des sciences de l’éducation, vol. 34, n°2, 2008, p.351-375

[4] Lemaire Eva, « Approches inter, trans, pluri, multiculturelles en didactique des langages et cultures », in : International Journal of Canadian Studies / Revue Internationale d’études canadiennes, n°45-46, 2012, p.205-218

[5] Coste Daniel, « Diversité des plurilinguismes et formes de l’éducation plurilingue et interculturelle », In : Les cahiers de l’Acedle, vol. 7, n°1, 2010, Notions en questions en didactiques des langues- Les Plurilinguismes




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