Soure Wikipedia

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Lorsque j’étais enfant, ma mère me racontait des contes et légendes javanaises, le soir avant de m’endormir. L’histoire qui m’a le plus marquée est celle du Tangkuban Perahu, le volcan situé au nord de Bandung, dans l’ouest de Java. Sa forme ressemble à un bateau renversé et ce conte merveilleux nous en explique la raison.

 

Il y a très longtemps, quand l’ouest de Java était encore recouvert d’immenses forêts et que les hommes côtoyaient encore des êtres surnaturels, régnait un roi nommé Raden Sungging Pebankara. Le monarque était bon et n’avait de cesse de se soucier du bien-être de son peuple. La chasse était toutefois sa plus grande passion.

 

Dans la forêt qu’il avait coutume de fréquenter, vivait une laie, dont l’apparence ordinaire n’était qu’illusion: l’animal était en réalité une déesse. Un jour, alors que la chaleur était insoutenable, la déesse se mit en quête d’une source d’eau pour étancher sa soif. Le destin voulut qu’elle s’aventure sur les sentiers arpentés par le roi. Elle y trouva une noix de coco et but son lait, sans se douter qu’il s’agissait de l’urine du roi.

 

Elle tomba immédiatement enceinte, puis donna rapidement naissance à une magnifique petite fille. De retour de chasse, le roi découvrit l’enfant seule, au bord du chemin, et décida de la ramener au palais, où il l’adopta comme sa propre fille. Il lui donna également un nom: Dayang Sumbi.

 

Le temps s’écoula et Dayang Sumbi devint une jolie princesse. Le tissage était son passe-temps favori. Un matin, alors qu’elle était absorbée par son travail, elle fit tomber sa bobine de fil par la fenêtre. Du troisième étage, Dayang Sumbi n’eut aucune envie de descendre pour la récupérer. Et, fatiguée, elle formula donc à haute voix la promesse suivante à celle ou celui qui lui rendrait sa bobine: de la traiter comme une sœur, si c’est une femme; de l’épouser, si c’est un homme.

 

Les paroles de Dayang Sumbi furent entendues par un chien nommé Tumang (un dieu lui aussi), qui fut le plus prompt à lui ramener la bobine. Stupéfiée, Dayang Sumbi n’eut toutefois pas d’autre choix que de tenir sa promesse et de l’épouser.

 

Ce fut un scandale: on ne parlait plus que de ca dans tout le palais. Honteux, le roi chassa les deux époux. Mais les sujets du roi, épris de cette princesse qu’ils aimaient, entreprirent de lui construire une modeste maison au beau milieu de la forêt. Là, Dayang Sumbi découvrit bientôt que Tumang était un être surnaturel et que sous cette fourrure canine se dissimulait un charmant jeune homme. Elle tomba très vite enceinte et donna naissance à un fils en bonne santé, qu’elle décida de nommer Sangkuriang.

 

Sangkuriang grandit et hérita de la beauté de ses parents et il s’avéra que le petit-fils du monarque développât le même goût pour la chasse que son grand-père. C’est alors en compagnie de son fidèle ami Tumang (dont il ignorait qu’il était son père) qu’il exerçait ses aptitudes à la traque.

 

Un jour, alors qu’il était sur la piste d’une laie et qu’il avait réussi à la mettre en joue, il tira une flèche en direction de l’animal qu’il s’attendait à voir s’écrouler. Mais, à son grand étonnement, le projectile rata sa cible. Sangkuriang s’adressa alors à son compagnon.

 

«  Tumang ! Cours après elle ! »

 

Mais Tumang ne bougea pas: il savait que la bête était la grand-mère de Sangkuriang.

L’étonnement du jeune homme se transforma bientôt en colère. Il frappa son chien de toutes ses forces. La violence des coups fut telle que le chien, bientôt, mourut.

 

Fier, Sangkuriang se refusa de rentrer les mains vides et découpa la chair de son malheureux ami pour rapporter le foie à sa mère. Le soir, Dayang Sumbi prépara le dîner avec la viande. « Sangkuriang, d’où provient cette chair délicieuse? » demanda-t-elle. « C’est celle de Tumang, mère » répondit l’enfant. « Je l’ai tué car il ne m’a pas obéi quand je lui ai ordonné de poursuivre la laie ».

 

Stupéfaite, Dayang Sumbi resta muette. Puis elle entra dans une colère si terrible qu’elle frappât son fils. Les coups portés à la tête le firent saigner abondamment et lui laisseraient plus tard une méchante cicatrice. Jugeant que cette punition physique n’était pas suffisamment adaptée, elle décida ensuite de bannir Sangkuriang de sa vie.

 

Triste et désespéré, le jeune homme s’engouffra dans la forêt et s’y perdit. Des années plus tard, lorsqu’il fut de retour par hasard sur les lieux de sa naissance, il ne les reconnut pas, et aperçut une demeure, au bord d’une rizière. Il s’approcha et distingua une séduisante jeune femme. Charmé, Sangkuriang la demanda immédiatement en mariage, ignorant qu’elle était sa mère. Conquise elle aussi, elle accepta et les noces furent préparées sur le champ.

 

Le bonheur fut pourtant de courte durée, car la jeune femme remarqua rapidement la cicatrice sur le crâne de Sangkuriang, et, horrifiée, reconnut alors son fils.

 

Dayang Sumbi n’eut alors d’autre choix que de révéler à son prétendant qu’ils ne pouvaient s’unir et que les dieux lui avaient donnée le pouvoir de rester jeune et jolie éternellement. Ce afin notamment que Sangkuriang ne la reconnusse pas.

 

Toujours aussi fier, celui-ci refusa d’accepter les explications de sa fiancée, qui enfouit alors son secret, dans un sentiment mêlé de honte et de tristesse.

 

Elle eut toutefois une idée. « Tu pourras m’épouser à la seule condition que tu exausses l’un de mes vœux » lui dit-elle. « Endigue la rivière Citarum pour créer un lac et construis un grand navire. Mais tu n’as qu’une seule nuit pour compléter la tâche. » Sangkuriang accepta et débuta le travail. L’aube approchant, il appela les esprits et les dieux pour leur demander de l’aide. Alarmée, Dayang Sumbi élabora un autre plan. Elle étendit le voile rouge qui couvrait ses cheveux en direction de la côte est de la plaine. Grâce à ses pouvoirs magiques, une lumière rouge se répandit bientôt dans le ciel, donnant l’impression que le soleil allait se lever et trompant les coqs qui se mirent à chanter. Sangkuriang tomba sous le choc face à son échec. Il lança un cri de rage et d’un grand coup de pied, il renversa le vaisseau.

Le navire chaviré devint la montagne Tangkuban Perahu (« bateau renversé » en langue soundanaise) et le lac fut appelé le lac Bandung. Très frustré et refusant sa défaite, Sangkuriang tenta d’attraper de force Dayang Sumbi. Elle réussit à s’échapper, car elle supplia une dernière fois les dieux de la protéger. Elle se métamorphosa alors en fleur. Sangkuriang ne la retrouva pas et devint fou.

 

Des centaines d’années plus tard, la montagne se recouvrit d’arbres et le lac devint une source d’eau pour les rizières autour de Bandung. Il est également dit que, parfois, près de la montagne à l’aube, on entend les fleurs murmurer le nom de Sangkuriang…

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